Plus qu’une belle ville d’Algérie ! Si l’on arrive à Ghardaïa pour la première fois, avec en tête une ascension de maisons étagées, solidairement construites, surmontées d’une tour visible de loin, on risque à coup sûr d’être déçu, la capitale du M’zab paraît certes paisible, mais ne révèle pas tout ses secrets. C’est en y séjournant même pour peu de temps, que la ville vous incite à mieux la connaître, à en découvrir ses charmes aussi discrets que ses habitants, à s’offrir comme une fleur du désert aux passagers à la recherche d’une histoire particulière semée de quelques légendes agréables à raconter.
Cette région, dont l’hospitalité était fort réputée, recevait aimablement tous les étrangers et leur offraient de partager leur seule nourriture. Quiconque avait goûté une seule fois leurs mets raffinés ne souhaiterait plus jamais repartir comme Ulysse et ses compagnons sur l’île de Calypso.
Si Ulysse, roi d’Ithaque, s’embarquait avec ses hommes à Ghardaïa. Que ferais t’il par erreur ? De son pieu, il percerait l’œil de toutes les femmes car il aura pensé qu’il avait à faire à des cyclopes ! il ne pourra aucunement deviner que c’était le pays des femmes que l’on avait obligé à partir de l’âge pubère, à s’enrouler dans un immense drap de coton ou de laine blanche, en ne laissant apparaître qu’un seul œil dans un tout petit triangle… Car du moment où elles étaient mariées, d’ailleurs très jeunes, elles ne pourraient montrer leur visage qu’à leur époux. C’est d’un goût assez amer de ne croiser que des fantômes-cyclopes… Mais ces étoffes blanches qui se faufilent entre les murs de terre d’ocre et de sable ne sont point dénuées d’esthétique, se sont des femmes comme toutes les autres, ce sont des âmes qui vivent et respirent.
«La jalousie et la domination sont le témoin irréprochable de notre faiblesse ; s’ils viennent de l’amour, ils sont imprudents et si le bonheur de notre prochain les a produit, ils deviennent lâche ; enfin de quelque côté qu’on les considèrent, ils portent en eux leurs crime et leurs aveuglement. Toutes nos jalousies et toutes nos dominations n’évitent en rien la férocité que pour sombrer dans le ridicule : elles sont à guillotine ou à tabatière»
La vie des Mozabites est régie par des règles transmises de père en fils et scrupuleusement respectées par tous. Conservateurs, les Mozabites envieux cachent jalousement leurs femmes. Les ouvertures des terrasses des maisons ont été conçues pour permettre aux femmes de voir à l’extérieur sans être vues.
Je vais t’expliquer mon fils : La lampe du corps, c’est l’œil et l’oeil est un brave organe, malicieux, incrédule, toujours prêt à discuter ce qu’on lui dit et ce qu’il voit. Regarde bien dans les yeux de ta femme, et tu verra dans un oeil ta moitié et dans l’autre ton rivale. Et pour effacer le rival qui t’anéantira cache lui un oeil et elle ne verra en toi que son appui et son maître, a chaque fois qu’elle voudra s’affranchir.
Les Mosabites s’attachent à des coutumes berbères ancestrales avec de larges ajouts résultant d’une religion et d’une histoire particulière. La rigidité des principes moraux, la valeur absolue donnée aux coutumes correspond à l’intransigeance dogmatique et fanatique trop exalté d’un peuple forgé et uni indissolublement. Malgré bien des courants socio-économiques des civilisations venues d’ici et d’ailleurs, ils ont toujours su conserver intacts jusqu’à nos jours leurs principes, leurs mœurs et les traditions de leurs ancêtres surtout vis-à-vis des femmes. L’austérité se résume à l’interdiction des plaisirs répréhensibles dont la liste est plus longue que nulle part ailleurs dans le monde.
De nos jours, il existe sans doute peu de lieux au monde où la femme soit sous une plus étroite indépendance et de domination de l’homme qui la recluse et la confine dans sa maison à partir de l’âge nubile.
« Il y a des choses qui se racontent mal, et l’humiliation en est une. On ne pleure jamais tant que dans l’âge des espérances ; mais quand on n’a plus d’espoir, on voit tout d’un oeil sec, et le calme naît de l’impuissance. L’amour devient alors un châtiment. Nous sommes punis de n’avoir pas pu rester seuls. Ce doit être cela la maturité, sentir ses chaînes tout à coup et les accepter parce que fermer les yeux ne les abolira jamais. Elle avait perdu un oeil et recevait sans cesse des apitoiements. Elle répondit un jour: enviez-moi au contraire, quand je mourrai, je n’aurais qu’un oeil à fermer»
Je ne voyais plus d’autres hommes que mon mari pas même mon beau frère. Je n’allais jamais faire des courses, ni répondre à des convocations administratives, il est bien gentil mon époux c’est lui qui les faisaient pour moi!
Mes amies étaient des femmes de ma famille ou des voisines a qui j’accédais par les terrasses contiguës.
Un jour je me suis préparée pour aller rendre visite à une des tantes de mon mari gravement malade, toujours accompagnée de mon epoux, je dois auparavant me voiler et surtout rajuster mon voile à ne laisser voir qu’un seul œil.
Sur ma route j’ai croisé un groupe de touristes en visite a Ghardaïa et je me suis alors, comme de coutume, retournée carrément contre le mur et attendre qu’ils soient passés pour continuer mon chemin!
Consterné, un petit garçon qu’accompagnait une des famille du groupe en touriste s’écria étonnement : dis-moi papa, pourquoi cette femme est elle puni?
-Mais non mon petit, elle n’est pas punie!
-Si papa, elle a le visage contre le mur et le dos contre tous, comme quand notre maître d’école nous puni!
L’enfant avait quelque part raison, j’ai été et demeure punie a vie pour des crimes que je n’ai jamais commis. Ce mur envers lequel je me retournais, n’était rien face aux interdictions dont la liste des actes défendus est fort longue que les interprètes du coran ont recherché dans les textes sacrés pour faire des moindres allusions des interdictions formelles et se donnaient alors le droit d’exercer leurs autorité et faire de la religion un instrument d’ambition et d’injustice. : Le borgne n’a qu’un oeil, mais il pleure quand même et la jeune femme qui gémit de douleurs, à demi écrasée sous le poids des faits est un cri dans le désert ; si les hommes avaient une oreille assez fine pour entendre ce cri, ils n’auraient pas caché un œil a la femme de leurs vie qu’ils considèrent comme un être inférieur, alors que « Dieu » dans sa grande bonté lui en a offert deux.
Affres de la contradiction humaine : si la femme était un être inférieur et incapable de décisions enfanterez t’elle dans la plus grande des douleurs pour peupler le grand M’Zab ? Serait-elle a même capable de donner naissances a l’un des plus beaux arts : le tissage artisanal des tapis qui est une grande tradition chez les mozabites. Les femmes tissent, les hommes vendent, encaissent et en profitent, ils en font un commerce avisé qui les transforme en riches marchands!
Les tapis Mosabites se vendent partout, du sud au Nord et même à l’étranger ! A qui le mérite ? Dites-moi au nom du seigneur quel est cet homme mâle qui accepterait de travailler pendant plusieurs mois pour produire des merveilles que les autres encaisseraient sur son dos ? Tôt ou tard, il se révoltera!
Encore aujourd’hui, il y a un vieux métier à tisser en bois dans quasiment chaque maison mais il n’a jamais appartenu a la femme ! Si en cas de divorce ou de séparation elle ne l’emportera jamais avec elle!
Je me la pose d’ailleurs maintes fois et même assez souvent cette fameuse question : si les hommes sont si abominables avec le secours de la religion, que seraient-ils sans elle?
La femme porterait-elle une malédiction où serait-ce son identité féminine et le malheur d’être femme qui ne lui confère aucun droit de revendication sur son statut ou proclamer un refus de son rôle prescrit sur un ordonnancier par des traditions ancestrales : Exlue de tout!
« Quand on veut dans le monde avoir quelque bonheur, il faut légèrement glisser sur bien des choses: On y trouve bien plus d’épines que de roses. Aux contradictions il faut s’accoutumer, Ou, loin de tout commerce, aller se renfermer. Ô triste jalousie ! Ô passion amère ! Fille d’un fol amour, que l’erreur a pour mère ! Ce qu’on voit par tes yeux cause assez d’embarras Sans voir encore par eux ce que l’on ne voit pas!»
Oh ! Daia ta légende raconte que tu as été abandonnée de tous parce que tu as commis un péché. Enceinte, tu vivais solitaire dans ta grotte mais « Dieu » t’a pardonné en t’envoyant un prince, un sain cheikh sidi Bou Gdemma et vous fondèrent Ghardaïa la capitale du M’Zab dont tout le monde et fier. Cependant tes sœurs de descendance ont portées la malédiction et sont appelé à se rendre invisible et sont même puni a perpétuité par leurs frères à ne laisser entrevoir qu’un seul œil.
« La beauté trop formelle devient une grimace. Mon stylo, c’est ma vie bafouée, mon encre, c’est mon âme martyrisé, mon talent, c’est ma tête rabaissée. Je suis seul avec moi même. Mon être est ma prison. Car je demeure, hélas ! Ma cause et ma raison. Il existe sur une parcelle de la terre de laides amours, et de belles prisons que l’intelligence ne pourra aucunement ouvrir. Il existe aussi une liberté vide, une liberté qui ne consiste qu’à changer de prison, faite de vains combats guidés par de faux jours. Ni la science ni la conscience ne modèlent un grand tordu car ce que tu vois de mon image n’est pas femme, C’est la prison où je suis enterré… »
La démocratie, s’est arrêté au seuil du M’Zab, au pas de porte de chaque demeure. Quand je lis l’Histoire des femmes du M’Zab, j’y vois très peu d’heures de liberté et des siècles de servitude et de captivité. Les hommes appelés à les juger devraient avoir fait un stage de deux ou trois ans derrière ces murs de prison qu’ils ont construits eux-mêmes de leurs propres mains où ils enfermèrent leurs pauvres épouses. Et la pire des prisons ne serait-elle pas celle de ne pouvoir contempler un paysage avec ces deux yeux?
L’un de mes amis de la prose me disait agréablement souviens-toi toujours que l’amour a quatre âges: il naît dans les bras du dédain, il croît sous la protection du désir, il s’entretient avec les faveurs et meurt empoisonné par la jalousie, l’autorité, la possession et la domination pour finir dans l’anéantissement de l’autre.
La question de l’égalité sociale et professionnelle entre les hommes et les femmes au sein des sociétés services publics et des entreprises est d’actualité. Quand on parle d’égalité sociale ou professionnelle, il s’agit de traiter de manière équitable les hommes et les femmes dans le milieu social et professionnel. Chez les Mozabites, l’on n’est pas arrivé à ce stade, à parler de ce genre d’égalité car la femme n’a pas accès à son droit le plus légitime, celui de contempler la vie avec ces deux yeux!
Bien souvent, les intérêts des femmes se sont perdus ou dilués dans des intérêts nationaux ou tout simplement personnels, qui ont marginalisés leurs activités et leurs luttes. Ils tirent le plus souvent profit de leur travail qualifié de légitime, obligatoire et naturel, par conséquent gratuit. Une telle réflexion s’amorce dés que quelques uns soucieux de la condition humaine se penche sur la situation des femmes, sur leurs difficultés d’accès aux ressources naturelles, matérielles et financières, sur leurs faibles participations à la prise des décisions. Cette réflexion devrait être systématisée pour mieux comprendre les inégalités entre hommes et femmes incrustées au cœur des cultures et des politiques.
Toutes les histoires nous disent que les chemins de la liberté passent toujours par les prisons. Hommes du M’zab appréhendez le mal que vous causez aux femmes : l’obéissance simule la subordination et la prison est une blessure pour l’esprit ; aucun texte ne lui fait injonction d’être le mouroir des espoirs. N’emprisonnez jamais une pensée, car tôt où tard la pensée écrasée devient rebelle. Un chef qui commande a tort, croit toujours qu’il a gagné la partie dès qu’un détenu se tait et se fait heureux. Mais il oublie que le silence, l’obéissance et le bonheur eux-mêmes font peur…
Nul ne peux penser que Classée par l’UNESCO comme patrimoine mondial 1982 La vallée du M’Zab est un bagne à perpétuité ou un pénitencier a travaux forcés pour les femmes.
« Il y a tant d’égoïsme dans le coeur des hommes, tant d’intérêts personnels chez eux, que les belles initiatives viennent s’y briser comme les lames de la mer sur un rocher inébranlable. Chacun veut tenter sa propre expérience ; chacun la tente à ses dépens. Les leçons d’une génération ne servent jamais à la suivante»
La beauté ne fait jamais douter de Dieu. Dans ses créations, il y’a splendeurs et beautés, lumières et éclats, paysages et regards. Humains ! L’on ne contredit pas la divinité ! La foi consiste à aimer son prochain autant que soi, à respecter l’autre comme s’il était vous et moi.
Ecoutez-là ! C’est un grand art que de vendre du vent. Penser avec le petit nombre et se faire entendre de la masse!!!!
Bien à vous !
aicha Mitiche: www.articlonet.fr
